Du 2 au 9 mars 2025, une mission conjointe entre l’IPAR et la FAO s’est rendue à Boghé et Kaédi pour évaluer l’état de fonctionnement des plateformes locales installées dans ces villes depuis 2017, dans le cadre de l’application des Directives Volontaires sur la Gouvernance Foncière par l’État mauritanien. Ces plateformes visent à renforcer l’inclusivité et l’accès à la terre pour les femmes et les jeunes, tout en soutenant la résilience socio-économique des communautés rurales et agropastorales.

La mission a débuté par des rencontres avec les autorités régionales et locales. À Boghé, le Hakem et le Maire ont accueilli l’équipe de la mission, tandis qu’à Kaédi, le Wali et l’équipe municipale ont présenté leur engagement pour la relance des plateformes. Ces rencontres ont permis de rappeler l’historique des plateformes et de plaider contre l’accaparement des terres dans les communes de Maghama (Gorgol) et Dar El Barka (Brakna).
Les discussions avec les membres provisoires des Comités de Pilotage (CoPil), les associations de jeunes, les clubs d’entrepreneurs et les organisations de femmes ont mis en lumière plusieurs défis. Parmi les recommandations principales figurent le renouvellement et l’élargissement du CoPil pour renforcer son leadership et sa qualité technique, l’autonomisation des plateformes pour couvrir leurs dépenses récurrentes, et la reconnaissance institutionnelle de ces cadres de dialogue autour du foncier. Une vision d’expansion a également été abordée pour couvrir d’autres départements des régions de Brakna et du Gorgol, avec un focus initial sur Boghé et Kaédi.
La mission a permis de recueillir des données sur les actions et les membres des plateformes. À Boghé, le CoPil a partagé l’historique de la plateforme et a lancé sa redynamisation. À Kaédi, une nouvelle composition de la plateforme a été recommandée, faute de repérer d’anciens membres. La mission a établi une cartographie des acteurs locaux clés et identifié des points focaux provisoires : Pape Sall pour Boghé, ancien membre du CoPil et directeur de l’ONG ATED, et Bocar Mamadou Dia, Secrétaire Général du Conseil régional du Gorgol, pour Kaédi.
Le diagnostic de la situation foncière a révélé des contraintes majeures, notamment l’absence de cadastre complet, des conflits entre éleveurs et agriculteurs pour l’accès à la terre et à l’eau, et un manque de confiance envers les autorités locales. Les plateformes ont également souffert de difficultés de communication, de durabilité et de leadership, aggravées par le décès de Salikou, expert FAO, et Tijani Kane, maire de Dar El Barka.
Pour y remédier, des activités de renforcement des capacités ont été identifiées : formations en communication participative et digitale, littéracie numérique, leadership féminin, mobilisation des ressources, suivi-évaluation, entrepreneuriat pour les femmes, et mise en place d’une clinique juridique sur la sécurisation foncière. Des échanges entre pairs sont également prévus, au niveau national et transfrontalier avec le Sénégal.
Les prochaines étapes incluent la tenue des assemblées générales pour relancer les plateformes, définir leur organigramme et la composition de leurs CoPil, et organiser des réunions de suivi avec la FAO et l’IPAR pour planifier la mise en œuvre des activités. L’implication des institutions membres du CoPil de la plateforme nationale et des partenaires comme World Vision est également envisagée pour renforcer le plaidoyer et la coordination sur les questions foncières et de sécurité alimentaire.
La mission a été menée par Oumou Niang et Coline Damieux-Verdeau pour la FAO, et par Abderrahmane N’DONGO et Mokhtar FALL pour l’IPAR. Leur travail a permis de poser les bases d’une relance efficace et durable des plateformes locales, dans l’intérêt des communautés rurales et agropastorales de Boghé et Kaédi.


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